Comment la réalité virtuelle peut-elle modifier le cinéma ?

Un siècle après l’introduction du Technicolor en 1917, la réalité virtuelle ouvre de nouvelles perspectives pour le septième art.

Un article d’Antoine Loïer, Nicolas Dufay et Nicolas Boudier, étudiants de l’IIM promo 2022.

Après le fond vert dans les années 1940, les CGI (images de synthèse) dans les années 70, la VR, ou réalité virtuelle, se présente comme la prochaine innovation. Elle est en passe de transformer le secteur du cinéma, en augmentant la sensation d’immersion procurée par les films et leur réalisme.

Le Technicolor est une série de procédés de films en couleur lancés par la Technicolor Motion Picture Corporation. Elle a été fondée par Herbert Kalmus, Daniel F. Comstock et W. B. Westcott en 1914. Le premier procédé de cette série a été mis au point en 1916.

Une caméra Technicolor trichrome exposée au Museum of the moving image à New York

Nous sommes rentrés à pieds joints dans un des phantasmes d’un enfant des années 90. Le temps où on rêvait la réalité virtuelle est désormais révolu. Ceci grâce au casque ouvrant un monde de possibilités visuelles incroyablement riches et assez accessibles, évitant au grand public de se lancer dans le trafic illégal.

La réalité virtuelle s’installe dans le cinéma

La VR est là. Elle est désormais bien décidée à se faire une place, incessamment boostée par l’univers numérique. Une question se pose alors pour le 7e art : quelle utilisation en faire ? Pendant que l’industrie se creuse la tête pour en faire un business, nombreuses sont les réalisations plus ou moins ambitieuses à venir sur le marché comme le teaser de IT (Andy Muschietti – Stephen King).

Des long-métrages sont déjà en cours de projet (Tron 3, The Rabbit Hole).  Certains cinéastes restent encore plus réticents d’utiliser la réalité virtuelle comme outil de narration. Ainsi, une nouvelle question se pose : la VR, est-ce vraiment du cinéma ?

À ce jour, elle s’est placée comme pilier du jeux vidéo mais pour le cinéma, c’est plus complexe. Il est encore un peu tôt pour se prononcer, le numérique avance plus vite par rapport aux projets qui se développent. Par conséquent, on expérimente, on élabore à foison et pourtant aucun titre digne de ce nom n’a su se frayer un chemin jusqu’au grand public. Tout de même, un cinéma proposant des séances en réalité virtuelle a vu le jour à Amsterdam en 2016.

Vers un nouveau paysage artistique

Lors de la projection d’un film, le spectateur fait attention à l’histoire qui se développe, et non aux personnes autour. C’est l’univers du film qui importe avant tout (sa durée, son éclairage, son cadrage…). La VR s’emploie à casser les codes cinématographiques. Le cadrage par exemple n’aura pas de limite. Le film perd alors toute la technique habituelle au profit d’une nouvelle.

Un exemple de cadrage travaillé durant la scène de rasage dans le film Les Incorruptibles

Le cinéma s’est construit comme un mode d’expression à part entière. Son langage visuel se repose en bonne partie sur son cadrage. L’expérience VR pourrait donc se trouver une place dans la forme artistique du cinéma en réinventant de nouveaux codes qui lui sont propres. Comme pour la peinture ou la sculpture, qui ne cessent d’évoluer dans les styles et dans la création.

Avant la musique ou encore le scénario, c’est d’abord l’image qui construit notre émotion devant un film. C’est ce qui fait de lui une œuvre à part entière. Si la réalité virtuelle réussit à se trouver une place dans le cinéma, ce sera très probablement en tant que nouveau genre cinématographique et non en tant que simple outil.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un atelier pédagogique d’écriture libre autour du digital, en première année du cursus en 5 ans de l’IIM, l’année préparatoire, par les étudiants de la promo 2022.