Alexandre, promo 2018, cinéphile et chargé de production, ses tributes en hommage à ses réalisateurs préférés

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Passionné par l’art du cinéma, Alexandre Gasulla, en 5e année à l’IIM, monte des vidéos saisissantes en hommage à ses réalisateurs préférés. Il utilise également les savoirs acquis à l’IIM pour réaliser son projet : travailler dans le cinéma.

Alexandre est actuellement en dernière année de l’axe Animation 3d. Depuis 2013, il réalise des mashups sur les films et réalisateurs qui ont marqué. Une pratique courante sur le net, et qui marche plutôt bien. En effet, Alexandre s’est construit peu à peu sa communauté, ses vidéos sont régulièrement vues. Il a même eu la chance d’être mentionné sur Slate.

Mais au-delà du montage de ces vidéos, Alexandre souhaite travailler dans le cinéma. Un projet qui pourrait bien se réaliser après son passage à l’IIM.

Il revient sur sa passion pour le cinéma et son parcours.

Une envie de rendre hommage au cinéma

Avant d’entrer à l’IIM, j’ai fait 4 ans de licence art du spectacle en cinéma. À la fin de ma dernière année, j’ai eu une sorte de trimestre sabbatique. Je cherchais une autre école à faire, avant de trouver l’IIM. Pendant ce temps, j’en ai profité pour faire ces vidéos Mashup.

Au début, c’est venu par envie, je voulais juste faire une seule vidéo sur mes réalisateurs préférés. C’est parti d’une impulsion. Et puis il y avait une inspiration du net aussi, ce genre de vidéo existe depuis moment. Le but, c’est de montrer en peu de temps ce qui est important dans la filmographie de certains réalisateurs. Là, en l’occurrence, mes réalisateurs préférés n’étaient pas ceux qu’on va traiter le plus.

La plus rapide a été faite en 3 mois, la plus longue en 8 mois. La création de mes vidéos part souvent d’un choix musical, contrairement à d’autres monteurs. Je préfère avoir une base musicale sur laquelle je peux ensuite poser les images, les dialogues, etc. Cela me permet d’avoir un résultat plus lyrique. Pas mal de gens aiment mes vidéos parce que, justement, il y a un vrai rythme.

Une passion de cinéphile partagée

Des personnes sont venues me parler de mon travail ensuite. Et quand une vidéo me plaît, maintenant, je n’hésite pas à le dire parce que j’aimerais bien qu’on le fasse pour moi aussi. J’ai plus de contacts avec des gens qui aiment mes vidéos, sur YouTube ou vidéos, qu’avec des gens qui font des vidéos. Les personnes qui viennent me voir me demandent si je fais un métier de monteur.

Mais les vidéos que je réalise sont un projet extra-scolaire. Des personnes sont déjà venues me demander si je ferai monteur professionnellement. Sur deux ou trois boulots, pourquoi pas, mais je me vois mal faire ça toute ma vie.

Quand j’ai commencé, je n’aurais vraiment pas pensé avoir autant de vues. C’est arrivé rapidement, dès la deuxième ou troisième vidéo, mais finalement, ce n’est pas une fin en soi. Les vidéos que j’ai le mieux monté, à mon avis, ce n’est pas celles qui ont forcément le plus de vues. Je ne me base pas sur leur popularité. Par contre la reconnaissance des personnes pour qui je fais des vidéos, ça, je ne m’y attendais pas du tout. Mais j’ai bien fait de déclencher ça et de partager mes vidéos. Certaines personnes sont venues me voir d’elles-mêmes, mais pour Jean-Pierre Jeunet, je suis vraiment content de lui avoir envoyé ma vidéo et d’avoir tenté quelque chose.

Rencontre avec Jean-Pierre Jeunet

Pour rencontrer Jean-Pierre Jeunet, j’y suis allé au culot. Je l’avais déjà rencontré une première fois totalement au hasard. J’allais au cinéma à Place de Clichy, et j’ai vu un de mes réalisateurs préférés, Gaspard Noé (sur lequel j’ai fait une vidéo aussi). Je suis donc allé lui parler.

Au final, il s’avérait qu’il était accompagné de Jean-Pierre Jeunet, mais je ne l’avais pas reconnu. La vraie rencontre s’est faite plus tard, une fois que j’ai eu monté la vidéo sur lui. Je ne l’avais pas réalisée pour lui montrer spécialement, mais j’aime beaucoup son travail, et donc j’avais naturellement envie de faire un mashup sur ces films.

Sur son site, j’ai vu qu’il y avait une page de contact, donc j’ai tenté et j’ai envoyé la vidéo avec un texte expliquant ce que je fais. Deux heures après il m’a répondu. Non seulement, il me félicitait, mais il me proposait aussi de contacter sa secrétaire pour établir une rencontre. Il avait un tournage par la suite donc ça a pris du temps, mais 6 mois plus tard, on a pu se voir. Il avait conclu notre entretien en me disant que je n’hésite pas à le contacter si j’avais des créations à lui montrer.

Outrepasser les problèmes

Malheureusement, avec ces vidéos, le droit à l’image peut poser problème. Surtout avec Youtube, qui supprime au fur et à mesure les vidéos. L’intégralité de mes vidéos est sur Viméo, c’est un hébergeur de qualité et en plus, il n’y a pas de problème à ce niveau-là. Pour l’instant, je croise les doigts, j’espère que ça va durer. Au niveau du droit français, on me traite comme si je diffusais les films ou les scènes entières alors qu’au final, c’est de la récréation artistique.

Mais si la réglementation sur Vimeo devait changer, je ne pense pas que j’arrêterais pour autant. Je ferais mon propre site et j’essaierai de trouver un autre hébergeur. Cette création vidéo, je veux la continuer quoiqu’il en soit. En ce moment, je faisais une pause pour chercher un stage, maintenant, c’est terminé, je vais me concentrer sur le stage en lui-même. Je vais voir à partir de janvier-février, si j’ai encore assez de temps pour le faire. Mais les délais de publication vont sûrement être plus longs, peut-être une par an.

Ton tribute préféré ? Ton film préféré ?

Ma dernière vidéo est sûrement ma préférée, c’est un hommage à tous les films Disney, de Blanche Neige à Mohana. C’était beaucoup de travail, il m’a fallu revoir tous les films. En les regardant, ça me permet de m’immerger dedans. Et puis j’ai une plutôt bonne mémoire visuelle, ce qui me sert beaucoup, donc à chaque fois que je regarde un film, j’arrive à détecter quand j’ai déjà vu un plan similaire. Ça facilite les montages.

La vidéo que j’ai réalisée sur l’univers Disney ma préférée, car c’est celle qui m’a pris le plus de temps, autant Scorcese, c’était 45 ans de ciné, mais là, c’est plus de 80 ans ! C’est celle où je suis le plus content aussi, je me suis permis de raconter une histoire. Tout au long de la vidéo, je raconte le schéma habituel d’un film Disney. En plus, j’ai eu beaucoup retours qui vont dans ce sens. À travers une cinquantaine de films, j’ai réussi à raconter une histoire, je suis content de ça.

Mon film préféré, c’est Speed Racer, sans hésitation. Les gens sont étonnés ou rigolent quand je le cite, mais pour moi c’est un idéal du cinéma. C’est le divertissement familial par excellence. Les réalisateurs ont eu carte blanche. En terme d’expérimentation visuelle, à mon avis, c’est le film qui est allé le plus loin ces 20 dernières années. Il a une place de choix aussi, parce que personne ne le cite dans ses films préférés. C’est mon petit truc à moi.

Une inspiration dans la philosophie russe

Mes inspirations, c’est surtout au cinéma. Je n’ai pas d’inspiration précise, pas mal de films ou de réalisateur qui m’inspire. Pour moi une référence évidente, c’est Scorsese et sa monteuse en chef, Schoonmaker. Le montage russe m’inspire aussi, par exemple Dziga Vertov ou Eisenstein. Je pense aussi à des films moins connus comme Koyaanisqatsi ou Baraka qui raconte une histoire uniquement grâce à de la succession d’images et de musique. C’est ça qui m’intéresse, avoir un scénario en se passant de dialogues.

Généralement, c’est ce que j’essaie de faire avec mes montages. J’aime bien le dialogue donc je ne vais pas m’en priver, mais l’idée, c’est de partir sur une base où la musique et les images racontent déjà quelque chose. Mais les dialogues sont là pour rajouter le petit détail en plus.

Entrer dans la réalisation par la production

Le cinéma pour moi c’est une fin en soi, j’ai envie de travailler dans ce domaine. C’est une passion avant tout, mais ce serait un gros plus de travailler là-dedans. C’est pour ça que je suis parti dans l’axe Animation 3D. Je pars du principe que travailler dans la production, ça peut ensuite amener à quelque chose de plus artistiques par la suite.

À la base, je suis venu à l’IIM pour l’axe Jeux vidéo, mais je me suis rendu compte que l’axe Animation 3D me convenait mieux. Il m’ouvrait une autre porte vers un milieu où je cherchais un accès depuis quelques années. Je ne l’avais pas trouvé à l’université, alors c’était grâce à la production que je le trouverais.

Je suis content d’avoir fait de la production à l’IIM. Il y a une différence entre la réalisation et la production, et j’ai pu le découvrir à l’école. Le problème chez le réalisateur, même s’il va prendre les décisions artistiques, il y aura forcément quelqu’un de la production derrière pour lui dire si c’est réalisable ou s’il y a les moyens techniques. La production agit comme un filtre et détermine si tout ce que l’on veut faire est possible. Ce qui est bien à l’IIM, c’est que tu peux avoir la main sur tout, ça permet de se faire une idée sur globalement tous les métiers.

À l’IIM, directement dans le cœur du sujet

Il y a deux projets qui m’ont bien marqués. Grâce à la bourse aux projets, j’avais travaillé sur Sunflower, c’était une création de petites bandes annonces pour des nouvelles écrites par Jean-Claude Heudi. On a créé toute une bataille spatiale qu’on a montée sur deux bandes annonces. C’est le premier gros projet sur lequel j’ai travaillé. Actuellement, je travaille sur un projet de clip musical commencée en 4e année.

C’est un clip musical d’une chanson des Rita Mitsouko, Le petit train. L’idée c’est de baser tout le film sur un changement de direction artistique. Le commanditaire c’est l’IIM donc je ne peux pas trop en parler encore. L’école va ensuite pouvoir s’en servir pour mettre en avant l’axe Animation 3D. C’est sur un sujet sensible, donc on essaie de faire quelque chose de visuellement très fort. Dessus, je suis en partie réalisateur mais je suis avant tout chargé de production.

Des opportunités offertes par l’IIM

L’IIM m’a apporté des opportunités et de la rigueur. La production, c’est beaucoup de rigueur, si on en a pas c’est les autres derrière qui se plantent. Et puis au niveau des opportunité, j’ai surement déjà trouvé un stage pour clore la dernière année.

C’est toute une nouvelle vie qui s’offre devant moi. En 3e année, j’ai eu un stage chez Night Work, une petite boite qui fait surtout des effets visuels, sur de la pub et des clips musicaux. C’était très intéressant.

A Night Work, j’ai travaillé sur deux gros projets. J’étais sur le suivi des effets spéciaux d’un long-métrage qui a ensuite été primé à Venise. J’ai aussi travaillé sur une pub pour une voiture chinoise, le tournage s’effectuait en chine et dès qu’on nous envoyait les images, on travaillait sur les effets visuels, et ça, c’était vraiment intéressant. Il y a vraiment moyen d’avoir des vues sur des sfx et de l’animation pure, donc j’ai pu touché un petit peu à tout.

Un conseil ?

Ne pas délaisser les petits projets à côté. Mes vidéos, c’est une passion que j’aurais pu abandonner dès que je suis rentré à l’IIM. Mais je ne l’ai pas fait parce que c’est ça qui est bien dans cette école, elle nous permet d’avoir du temps à coté pour faire des travaux personnels.

Si les étudiants pensent qu’il y a matière à faire quelque chose sur des sujets qui leur tiennent à cœur, il ne faut pas abandonner. Je pense aussi qu’il ne faut pas hésiter à viser grand, là par exemple les stages, j’ai jamais hésité à voir assez haut dans les stages et finalement ça paye.

Il ne faut pas hésiter à partager les projets, à les montrer, c’est ça qui est bien avec Internet, c’est ouvert sur le monde. Quelque chose que je reproche un peu à pas mal de personnes qui ont du potentiel et qui ne le montrent pas forcement, c’est de se contenter d’un compte LinkedIn ou Facebook. Je mentionne toujours mon compte YouTube ou Vimeo, je le cite partout. Et puis dès qu’on me demande un entretien, ou une petite interview, j’accepte parce que ça peut apporter de la visibilité.

Retrouvez toutes les vidéos d’Alexandre sur sa chaîne Viméo