De l’IIM aux blockbusters internationaux : le parcours de Greg Foret, alumni 2010, Lead Layout sur la série d’animation Minecraft !

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De Jurassic Park aux plateaux des plus grandes productions internationales, Greg Foret a construit en quinze ans une carrière remarquable à la croisée de l’animation 3D et des effets visuels.

Diplômé en 2010 du pôle Animation 3D, Productions VFX & Audiovisuel de l’IIM, Greg Foret est aujourd’hui Lead Layout au sein du studio Flying Bark à Sydney en Australie et supervise une équipe de 15 artistes sur la production de la série d’animation Minecraft, produite par Netflix et Mojang. Le studio australien est notamment derrière la réalisation de plusieurs grands titres en 2026 comme : Avatar Aang: The Last Airbender, Stranger Things: Tales From ’85, et d’autres productions en cours de réalisation.

Dans cet article il revient sur son parcours au sein de l’IIM, son métier, et les évolutions d’une industrie en pleine transformation.

Les débuts d’une vocation pour le cinéma et les effets spéciaux

Le film qui m’a impacté, à un âge où je n’aurais pas dû le voir, c’est Jurassic Park ; et celui qui a cimenté mon amour des effets spéciaux, c’est Le Seigneur des Anneaux. J’ai regardé religieusement toutes les versions, épluché tous les bonus, et je me ruais à la seule librairie de ma ville pour acheter le moindre magazine avec des images inédites.

En terminale, mon ami Wilfried Marcadet, alumni lui aussi, m’a parlé de l’IIM. J’ai tout de suite aimé que l’école ne forme pas que des techniciens isolés mais des chefs de projet qui savent de quoi ils parlent, parce qu’ils ont dû mettre les mains dans le cambouis et ouvrir Photoshop. J’y ai suivi le Mastère Réalisation et Animation 3D, quand le RNCP Réalisateur Numérique se lançait : je suis tombé dans la bonne promo.

Je n’avais pas de projet arrêté, mais deux certitudes : j’avais hâte de travailler, et la caméra et le langage cinématographique m’intéressaient plus que tout le reste.

Dès la troisième année, stage d’été chez Mac Guff Ligne ; puis TeamTo à Valence sur Angelo La Débrouille, le long métrage Gus à Paris, et en 2014 j’ai fait mon sac pour Montréal. Intimidant, mais c’était la chose à faire : me rapprocher géographiquement d’Hollywood pour forcer la chance.

De l’animation aux effets visuels : le métier d’Artiste Layout

Je suis Lead Layout, et ce département peut sembler nébuleux, même en interne : peu de gens savent ce qu’on y fait. En animation, nous sommes le pont entre la pré-production et la production. On prend le storyboard, on le pose en 3D, et on fabrique le bac à sable : la scène commune dans laquelle l’animation, le lighting, la sim et la foule viendront jouer. On ne cherche pas le beau mais le lisible ; les détails viennent après.

En VFX, avant le tournage, on dégrossit l’action à partir d’un scénario et de quelques concept arts, et on prépare la faisabilité du plateau : grues, cascades, angle de caméra, sécurité des acteurs.

Après le tournage, on est contraints à la plate, c’est plus technique : on place la caméra dans un scan LiDAR, puis on décide combien de dragons on va placer.

Une chose est sûre : la franchise ne fait pas la production. Avec Denis Villeneuve, qui savait exactement ce qu’il voulait, mes plans étaient validés en une ou deux versions. Sur Fast and Furious, il fallait inventer une solution par plan : Vin Diesel, immobile, filmé sur fond bleu dans un parking, le cascadeur qui conduit vraiment au Portugal à 120 km/h, et nous qui recollons les deux dans le même univers. C’est invisible. C’est là qu’est la magie.

Mon expérience la plus marquante reste Game of Thrones : ma toute première en VFX, moi qui venais de l’animation. Y arriver dès le début, c’est la preuve que tout est possible. Et ça m’a appris une chose : un studio et une équipe en or, ça vaut tout l’or du monde.

Quinze ans dans une industrie en pleine transformation, quelle vision pour le secteur ?

Ces quinze dernières années étaient un réel plaisir. En 2014 je suis parti à Montréal, et j’ai vécu dix années incroyables sur les blockbusters dont je rêvais depuis tout petit. Ce qui changeait, c’était la technologie, le passage à Python 3, USD, Houdini : faire comme avant, mais mieux. Jusqu’au changement de paradigme, en 2023.

Je n’ai jamais autant travaillé que pendant le COVID, tout le monde enfermé à produire pour les plateformes de streaming. Puis les gens sont ressortis, et la demande d’écrans s’est effondrée. Hollywood a pris peur, les grèves des acteurs et des scénaristes ont sclérosé l’industrie. J’étais alors en Australie sur l’un des derniers projets greenlightés ; on a été touchés plus tard, fin 2024. Sur environ 120 000 professionnels du VFX et de l’animation dans le monde (Visual Effects & Animation World Atlas 2025), une vague de licenciements et de fermetures de studios a frappé le secteur en 2023 : le marché ne s’est pas seulement saturé, il s’est brutalement contracté.

Et l’IA ? Il y a un avant et un après 2022. Le génie ne retournera pas dans sa lampe. On n’est jamais revenu sur le feu ni sur l’électricité, on ne reviendra pas sur l’IA.

Elle ne fera pas un film de A à Z, mais intégrée ici et là, elle aide déjà énormément. Demain, il y aura ceux qui savent lui parler ; les autres brandiront le poing en criant après les nuages.

Côté blockbusters, il y a une vraie fatigue : Marvel, Disney, les super-héros, et un rejet des messages trop appuyés. On n’en peut plus du même burger. Je crois qu’on revient vers l’explosion artistique des années 70 et 80.

Je ne vois pas les gros studios disparaître, au pire ils fusionneront. Mais un exode est déjà en cours : n’importe quel groupe de passionnés peut monter son studio et s’auto-distribuer en ligne. Là où un réalisateur touchait au mieux 5 % des recettes d’un film, il garde désormais le lien direct avec son public sur TikTok, Instagram ou YouTube. On entre dans un renouveau.

Son conseil pour les étudiants de l’IIM : rester curieux, accepter le changement et surtout passer à l’action.

On est à l’aube d’une quatrième révolution industrielle. C’est un nouveau Far West, tout est à construire. Les outils que je payais il y a quelques mois sont aujourd’hui gratuits sur GitHub ; on entre dans une ère d’abondance. Alors faites ce qui vous plaît, ouvrez-vous aux idées, acceptez le changement et le monde tel qu’il se présente devant vos yeux.

Vous avez de la valeur, vous avez quelque chose à apporter : passez à l’action. Les meilleures idées naissent de deux choses : s’ennuyer, donc couper son téléphone un jour par semaine est un must, et voyager. Prenez un billet, un PVT, un sac à dos, allez chercher d’autres cultures et d’autres façons de penser, ramenez tout ça pour bâtir un meilleur futur. Vous n’êtes plus limités à un pays : installez-vous là où vous vous sentez bien.

La vingtaine est faite pour explorer. Vous aurez tout le temps de vous poser ensuite. Alors, allez explorer !

Des alumni qui montent leur propre studio : l’exemple de Some Stuff Studio et Clutch Frame

Plusieurs alumni du pôle Animation 3D, Productions VFX et Audiovisuel de l’IIM ont depuis fondé leur propre studio d’animation et de VFX après leurs études.

Clutch Frame, fondé en 2022 par Enzo Petey et quatre camarades de sa promotion en Mastère Gestion de production 3D, est né dans la continuité de Memories, leur court-métrage de fin d’études inspiré de Blade Runner. Le studio s’est lancé directement à la sortie de l’école, pour conserver la dynamique de groupe construite pendant la production du film.

Some Stuff Studio, cofondé par Vasco Potier, alumni de la promotion 2020 en Animation 3D, est spécialisé en VFX et CG advertising pour la publicité, l’événementiel et le documentaire, avec des clients comme Arte ou RMC. Avant de se lancer, Vasco Potier a d’abord travaillé plusieurs années en studio, chez Mac Guff Ligne puis Mathematic Studio, une étape qu’il recommande aujourd’hui aux jeunes diplômés avant de créer leur propre structure.